Du corps à baleines au corset en Grande Bretagne au XVIIIème

 

Le « corps à baleines », comme le « corset », avait pour fonction de sculpter le haut du corps, lui apportant une posture gainée et élégante : il relevait la poitrine, cintrait la taille, et maintenait les épaules basses grâce à des bretelles. Au cours du XIIIème le « corps à baleines » connaît des évolutions, perdant progressivement en rigidité pour aboutir à la naissance du « corset ».

La toilette - gravure, XVIIIe siècle
Sur cette illustration du XVIIIème siècle, la bonne semble lacer le corset de sa maîtresse avec toute la force donc elle est capable, sous l’œil vigilant du mari… Les habits d’une femme permettaient d’exhiber la fortune et les valeurs de sa maison : porter un corset serré était perçu comme un signe d’élégance et de vertu morale.
Illustration satyrique du laçage d'un corset de type stays
Illustration satyrique du laçage d’un corset de type stays
Flora Macdonald, 1749
Flora Macdonald, 1749

En Grande Bretagne, les corsets étaient portés même dans les circonstances peu formelles et quotidiennes. Ils sont distingués en trois catégories :

1 : « Stays » (ou « boned body »)

Il fut porté de la fin du XVIème siècle à la fin du XVIIIème siècle et maintenait une silhouette en cône inversé, une base solide sur laquelle étaient déversés les flots d’apparats de la robe.

Le terme « stays » vient probablement du français « étayer » (soutenir), car ce corset était en effet presque entièrement structuré de baleines et donc très rigide. Néanmoins, la découpe au niveau de la taille était ouverte, afin de relâcher la pression des baleines et apporter plus de confort.

 

Le XIIIème siècle est un moment charnière où le « corps baleiné » évolue et tend à perdre en rigidité : on voit alors apparaître des « corps semi-baleinés » (« half boned stays »), qui bientôt laisseront place aux « jumps » puis aux « corsets ».

2 : « Jumps »

Certains corsets appelés « jumps » (littéralement « rehausseurs ») étaient à l’origine portés par les travailleuses et ne comportaient que quelques baleines (environ quatre), voire aucune.

Les jumps étaient fermés à l’avant pour être faciles à mettre et à enlever seule. Au début du XVIIIème siècle ils étaient portés dans un cadre informel, mais durant les décennies suivantes on s’aperçut qu’ils offraient plus de confort que le « stays », et à la fin XVIIIème, leur popularité explosa chez les dames fortunées alors que la mode basculait au style moins recherché du néoclassique.

Les docteurs de l’époque encouragèrent également ce phénomène, en déconseillant de porter des corsets trop étriqués ; pourtant, un poème de 1762 nous montre qu’un code moral restait associé au port du corset : « Maintenant une forme soignée dans un stays, maintenant une souillon dans un jumps ».

 

3 : « Corset »

Ce modèle est né dans l’élan de popularité du « jumps », alors que les sous-vêtements féminins évoluaient pour devenir plus confortables.

Issu du français « corps », le terme de « corset » vit le jour à la fin du XVIIIème siècle. On trouve une description de 1777, où le corset est désigné comme « un petit stays fait de lin, sans baleines, que les dames serrent devant avec des cordelettes ou un ruban et qu’elles portent avec un déshabillé ». Le corset était en effet un habit à part entière, une tenue décontractée que l’on portait avec une simple robe de chambre orientale ou un peignoir passé dessus.

En conclusion

La distinction entre ces trois types de corset n’est pas aisée, et on trouve nombre de modèles « transitionnels », qui sont plus ou moins structurés et rigides. Les paysannes, quant à elle, n’avaient bien souvent qu’un seul corset, généralement en cuir, qu’elles ne lavaient jamais.

Highland Dance, par David Allan, 1780
Highland Dance, par David Allan, 1780

Sources :

  • BAUMGARTEN Linda – Eighteenth Century Clothing at Williamsburg. Williamsburg: Colonial Williamsburg. 1986.
  • BULCOCK J. – The Duties of a Lady’s Maid;: With Directions for Conduct, and Numberous Receipts for the Toilette. Google eBook. Retrieved 26/8/13
  • CUMMING Valerie & CUNNINGTON C.W. – Cunnington, P.E, The Dictionary of Fashion History (Rev., updated ed.). Oxford: Berg Publishers. 2010
  • DELANEY Mary – Autobiography and Correspondence of Mary Granville, Mrs Delany: With Interesting Reminiscences of King George the Third and Queen Charlotte. Cambridge: Cambridge University Press. 2011.
  • STEELE Valerie – The Corset: A Cultural History – Yale University Press: London. 2001.
  • STEELE Valerie (ed) – The Berg Companion to Fashion – Oxford: Berg Publishers. 2010
  • VINCENT Susan – The Anatomy of Fashion: Dressing the Body from the Renaissance to Today – Oxford: Berg Publishers. 2009
  • The Dreamstress – What’s the difference between stays, jumps & a corset – [page consultée en avril 2016]
  • Chloe A Whittaker – Undergarments, Stays and Side hoops – [page consultée en avril 2016]